Budget 2016 – Frédéric Béatse : c’est l’humain qui fait les frais de vos choix

Retrouvez l’intervention de Frédéric BÉATSE au conseil municipal du mardi 29 mars 2016 consacré au Budget 2016. 

Monsieur le maire, mes chers collègues,

Qu’il me soit permis d’intervenir devant vous ce soir lors de notre débat budgétaire sans que mes propos ne soient montés en épingle à partir d’un mot ou d’une petite phrase. La démocratie, ce sont des cycles, des rythmes. Le débat budgétaire est un rendez-vous. Pour 2016, il prend place 2 ans après votre élection et nous mènera jusqu’à mi-mandat. Mon expression a été mesurée jusqu’ici car je connais la complexité inhérente à l’exercice des responsabilités municipales. 2 ans me semblent être un délai décent pour porter un regard sur la direction que vous avez impulsée à Angers depuis 2014.

D’abord, je suis d’accord avec vous monsieur le maire pour dénoncer la baisse des dotations de l’État et pour reconnaître les difficultés qu’elle engendre lorsqu’il s’agit de boucler un budget. Durant la campagne, et tous les écrits de l’époque sont là pour en attester, nous avions nous aussi anticipé ce resserrement budgétaire en proposant aux Angevins une baisse de la voilure de l’investissement en le ramenant aux environs de 50 millions d’euros annuels. Je regrette que certains membres de la majorité tiennent un raisonnement « à plat » sur ce sujet en entretenant la fiction de finances qui auraient dérivé alors même que nous avions annoncé la couleur ! Je regrette qu’une certaine conception du débat public amène parfois à ce genre de dérives. La trajectoire hypothétique des finances de la Ville que vous décriviez lors du débat d’orientation budgétaire repose donc sur un a priori qui ne tient pas compte de ce que nous avons toujours dit. D’ailleurs, nous avions nous même engagé un plan d’économies et tant la Chambre Régionale des Comptes que tous les classements financiers saluaient notre qualité de gestion. Les finances de la Ville sont saines et je me réjouis que l’actuelle majorité souhaite reprendre ce flambeau dans l’intérêt des Angevins.

« Pour importante qu’elle soit, la baisse des dotations ne doit pas toutefois servir de paravent à vos choix politiques. »

Pour importante qu’elle soit, la baisse des dotations ne doit pas toutefois servir de paravent à vos choix politiques. Vous avez décidé de nouvelles dépenses importantes, certaines annoncées dans votre programme, d’autres non. Vous avez fait des choix et comme tous choix, ils ont un coût financier mais aussi politique.

Vous aviez annoncé aux Angevins la première heure gratuite de stationnement, la mise en place de la vidéo surveillance, le plan voirie, les aménagements des places du centre-ville, le projet Cœur de Maine. A eux seuls, ces projets représentent une dépense supplémentaire bien plus importante que la seule baisse des subventions de l’Etat.

Dans la pochette surprise de votre arrivée, il y a aussi des dépenses que vous n’aviez pas annoncées. Trop souvent, notre Ville se substitue au Conseil départemental en venant au secours d’une gestion bien trop dispendieuse par le passé : le renflouage de Terra Botanica, la subvention au Festival d’Anjou, l’éducation spécialisée… Alors qu’Angers a toujours eu un rôle de leader, elle devient le supplétif de choix effectués dans d’autres assemblées.

Rien ne se crée, rien ne se perd dans ce contexte budgétaire. Ces choix ne sont donc pas neutres, ils ont un effet direct sur d’autres politiques municipales dans la logique libérale qui est la vôtre. Une catégorie d’Angevins est donc appelée à payer l’addition, celles et ceux qui jusqu’alors bénéficiaient de choix de justice sociale, de solidarité.

« Je suis inquiet de voir que c’est l’humain qui fait les frais de vos choix »

Je suis inquiet de voir que c’est l’humain qui fait les frais de vos choix :

  • Les associations d’abord qui sont le signe de la santé citoyenne d’Angers, de l’engagement de ses habitants à son service pour en faire une ville solidaire, animée où on lutte contre la froide indifférence de la modernité. -4% en moyenne et jusqu’à 100% pour certaines associations. Nous allons perdre beaucoup et ce qui sera cassé ne sera peut être plus jamais reconstruit tant le travail associatif est un travail de fourmi
  • Les maisons de quartier, – 10% en moyenne et jusqu’à 17% de baisse. Là encore c’est décourager celles et ceux qui œuvrent pour le lien social sur le terrain
  • Le CCAS dont la subvention est gelée alors que les besoins grandissent du fait des difficultés socio-économiques
  • La SOCLOVA dont la vocation sociale est interrogée dans la mesure où elle verse désormais des dividendes importants au lieu de réinvestir au service du développement du logement social
  • Les familles qui voient les tarifs de garderie augmenter jusqu’à 60% et des centres de loisirs jusqu’à 133%

Lorsqu’on additionne ces choix, on voit qu’une réelle idéologie les guide, pas seulement la volonté de bien gérer la Ville comme vous l’affirmez. Ces choix, les Angevins n’entendent personne les assumer. Ils sont d’autant plus désorientés qu’ils ne savent pas où va leur ville. Angers a besoin de savoir où elle va, et je ne parle pas à l’échelle de 15 ans mais seulement de la fin de ce mandat.

Depuis 2014, ils ont pu constater un certain nombre de renoncements, sur le tramway, sur les constructions de logement, sur les berges de la Maine. Quelles seront par exemple les prochaines étapes du projet de tunnel sur la voie des berges ? Quelle stratégie de développement pour Saint Serge ? Quelle vitrine des talents angevins ? Quelle association des forces vives au projet du territoire ?

Quoi que certains ici même aient pu en dire voire l’écrire, de nouveaux éléments viennent conforter le bilan de l’ancienne municipalité. Angers a repassé la barre des 150 000 habitants au 1 janvier 2013, le nombre d’étudiants a franchi les 38 000, la construction de logements étaient repartie, les équipements voulus par nous tournent à plein comme Aqua Vita.

Nous ne voulons pas laisser reposer cette mobilisation et cette dynamique. Nous avons voté de nombreux projets que vous proposiez ici même, dans notre volonté d’accompagner cette grande ville qu’est Angers, de la faire croitre, de la rendre meilleure. Nombre de ces projets viennent en accompagnement de la seconde ligne de tramway. Maintenant que nous savons qu’il faudra attendre au mieux 6 ans la ligne B, quelle perspective peut-on espérer à l’échelle de 2020 ?

Cette décision requestionne bien des choix d’investissement.

Nous avons besoin d’un programme pluriannuel mobilisateur, qui entraine les forces vives et les talents, qui les mobilise comme des acteurs du développement de leur ville. Ils sont nombreux à l’attendre, ne les désespérons pas.

Frédéric BÉATSE