Ecole privée hors contrat : une implantation à Angers qui pose question…

Intervention de Rose-Marie VERON au conseil municipal du 29 mai 2017 au sujet de l’implantation à Angers d’une école privée hors contrat « Fondation Espérance Banlieues ».

Monsieur le maire, Monsieur l’adjoint, chèr-e-s collègues, nous voterons cette délibération.

Le Projet éducatif de territoire est un document important pour notre ville. Le dernier a été voté en septembre 2013 pour une durée de 3 ans et par cette délibération, vous nous demandez de le proroger une nouvelle fois afin de mener à bien la « réflexion participative » que vous avez engagée avec « l’ensemble des acteurs éducatifs du territoire », comme indiqué dans la délibération.

A ce propos, un nouvel « acteur éducatif » compte s’implanter sur notre territoire pour la rentrée 2017 et nous aurions quelques questions sur vos intentions à son égard. Il s’agit d’une école privée hors contrat de la « Fondation Espérance Banlieues ». Cette école fera-t-elle partie des acteurs éducatifs avec lesquels vous comptez mener cette réflexion ? Avez-vous demandé à cette école de s’installer à Angers ? Connaissez-vous son projet éducatif et êtes-vous en accord avec celui-ci ? Bref, pouvez-vous nous éclairer sur les circonstances de l’implantation de cette école à Angers ?

De notre côté, nous nous sommes renseignés.

Le porteur de projet : une association très jeune (créée il y a 4 mois)

L’association « Le Gouvernail » qui souhaite implanter cette école, a été créée il y a à peine 4 mois et son objet est entre autre de « créer en Anjou une école Espérance banlieue en lien avec la fondation Espérance banlieues »[1]. Cette fondation, fait partie d’un vaste réseau composé de la « Fondation Espérance Banlieues », de la « Fondation pour l’école » et de l’ « Institut libre de formation des maîtres ». Ces trois structures sont assurément très liées : leurs sites internet respectifs témoignent de ce lien, leurs logos sont quasiment identiques, et enfin, le fondateur d’Espérance Banlieues est co-président de la Fondation pour l’école, et la directrice de la Fondation pour l’école est aussi directrice de l’Institut libre de formation des maîtres[2].

Le plaidoyer politique : le financement politique du hors contrat

Dans un premier temps, si la plupart des objectifs de ce réseau semble louables, en cherchant bien, quelques éléments nous paraissent troublant c’est pourquoi nous souhaiterions que vous nous éclairiez. La « Fondation Espérance Banlieues » et la « Fondation pour l’école » militent quasiment pour la fin du système public d’éducation qu’elles considèrent désastreux[3], et demandent que l’Etat ainsi que les collectivités territoriales financent les écoles privées qu’elles soient sous ou hors contrat.[4] Pour ce faire elles voudraient qu’un crédit d’impôt soit accordé aux familles imposables ou qu’un chèque éducation délivré par l’Etat permette aux familles non imposables de financer les frais de scolarité. Elles considèrent en effet injuste que les parents mettant leurs enfants dans le privé soient obligés de payer pour leurs enfants mais aussi, de par leurs impôts, pour les enfants allant dans le public [5]… La notion de solidarité semble donc bien loin de leurs préoccupations !

Une directrice engagée dans la Manif pour tous

De plus, la directrice de la « Fondation pour l’école » et de l’ « Institut libre de formation des maîtres » explique clairement dans son discours à l’université d’été 2013 de la Manif pour tous[6], que l’école n’a pas la mission de casser les mécanismes de reproduction sociale. Elle en vient ensuite à la laïcité, qu’elle considère « mal conçue » et qui représente selon elle « une source majeure de déstabilisation de notre société et en particulier de l’école ». A la fin de ce discours, elle invite l’assemblée à devenir instituteur et fait la promotion de l’ « Institut libre de formation des maîtres ». Sur le site de ce dernier, il est clairement indiqué, je cite « que dans une grande majorité des cas, les stages [qui représentent plus de la moitié de la formation complète] sont proposés dans des écoles d’inspiration catholique, qu’elles soient sous ou hors contrat. »

Pour quel contenu pédagogique ?

Notons enfin que ces écoles sont hors contrat, elles n’ont donc pas à suivre les programmes de l’éducation nationale, mais simplement à justifier de l’enseignement d’un « Socle commun de connaissance ». Toutes autres notions peuvent donc s’y insinuer, menant parfois à des dérives. C’est pourquoi le précédent gouvernement avait souhaité contrôler plus efficacement ces écoles dès leur création, pas le biais d’une « autorisation » et non plus d’une simple « déclaration » d’ouverture dans la « loi relative à l’égalité et à la citoyenneté ». Le fondateur de la Fondation Espérance Banlieues s’y était opposé, tout comme notre Sénateur Maire.

Nous souhaiterions donc avoir votre sentiment sur ces éléments et ceux que vous avez pu recueillir étant donné que le président de l’association Le Gouvernail a expliqué dans le journal Ouest France que le projet avait été bien accueilli par la municipalité et, je cite : «nous ne monterions pas une telle école, si la municipalité était hostile ». Il parle certainement ici des facilités d’installation accordées à cette association, crée, je le rappelle, il n’y a pas 4 mois, à savoir la mise à disposition à titre peu onéreux (1400€ / mois) de locaux de 995 m2 appartenant à l’office public Angers Loire Habitat [7], avec une suspension de loyer les quatre premiers mois le temps de réaliser les travaux nécessaires…

 


Sources / références : 

[1] Annexe du Journal Officiel, 149e année – No 7 – Samedi 18 février 2017.

[2] Les équipes : Espérance banlieues : http://www.esperancebanlieues.org/la-fondation-esperance-banlieues/qui-sommes-nous/equipe/ ; Fondation pour l’école : http://www.fondationpourlecole.org/nous-connaitre/qui-sommes-nous/conseil-dadministration/ ; ILFM : http://www.ilfm-formation.com/equipe-pedagogique/

[3] La directrice générale de La Fondation pour l’école, invitée d’un Rendez-vous du Forum Catholique (http://rendez-vous.leforumcatholique.org/message.php?id=36&num=4275 ) explique : « Il est certain que l’on peut « s’en sortir » dans le public…Comme on peut « s’en sortir » de partout… Mais cela suppose d’avoir une famille derrière qui donne la nourriture spirituelle et intellectuelle nécessaire à la croissance de l’enfant. Bref, on peut laisser son enfant dans le public si l’on reprend tout à la maison. Et l’expérience nous apprend que l’on ne peut pas en pratique –par manque de temps- faire suffisamment ce travail de reprise et de rectification. »

[4] Le rapport d’activité 2015-2016 d’Espérance Banlieues (p.27, « Plaidoyer politique ») est téléchargeable sur cette page : http://www.esperancebanlieues.org/la-fondation-esperance-banlieues/le-fonctionnement/financement/ . Dans ce rapport, Angers est déjà considérée comme site probable d’implantation (p.15).

Les demandes d’Espérance Banlieues et de la Fondation pour l’école aux pouvoir publics : http://www.esperancebanlieues.org/les-7-propositions-dactions-du-colloque-2016/ et http://www.fondationpourlecole.org/en-bref/promouvoir/

[5] La directrice générale de La Fondation pour l’école, invitée d’un Rendez-vous du Forum Catholique (http://rendez-vous.leforumcatholique.org/message.php?id=36&num=4382) explique : « Les catholiques ne doivent pas s’habituer à l’injustice que représente l’organisation institutionnelle (un monopole public) et financière (les parents d’enfants fréquentant le privé devant payer par leurs impôts la scolarité des enfants du public alors qu’ils doivent déjà payer une large part – voire l’intégralité dans le cas du hors contrat- des frais de scolarité de leurs propres enfants). »

[6] http://lamanifpourtous.fr/images/pdf/UELMPT/CoffinierUELMPT.pdf

[7] Délibération n° 446/DG/CA/27/04/2017 – « Contrat de location entre l’association « Le Gouvernail » et Angers Loire Habitat » adoptée le 27/04/2017 avec l’abstention de Rose-Marie Véron.