F.Béatse – Berges de la Maine : « vous abandonnez toute vision globale »

Intervention de Frédéric BÉATSE au Conseil Municipal du 26 octobre 2015 concernant le projet de la majorité « Coeur de Maine ».

Monsieur le Maire, chers collègues,
Vous le savez bien, je m’étais énormément investi sur ce projet de reconquête des berges de Maine et je veux vous livrer mes réactions sur les délibérations que vous proposez ce soir. Nous avons déjà eu l’occasion d’en débattre à de nombreuses reprises, et de nous opposer sur ce projet, avant, pendant et après la campagne électorale de 2014.

Après 18 mois de réflexion, vous nous présentez les premiers éléments concrets de votre propre projet que vous avez nommé « Cœur de Maine ».

Et force est de constater que nos points de vue ne se sont pas rapprochés, personne n’en sera surpris.

C’est donc en grande cohérence avec notre propre vision de l’avenir de la métropole angevine autour de sa rivière qu’avec d’autres collègues qui interviendront avec moi, nous voulons exprimer des divergences majeures avec ce que vous nous présentez ce soir.

Je me contenterai d’en aborder trois :
– sur la vision globale du projet dans un premier temps
– ensuite sur l’importance de la relation entre la ville et la rivière
– enfin sur les ambitions métropolitaines du projet notamment à Saint-Serge

« Vous abandonnez une vision globale des berges »

Je veux donc commencer en abordant la question du sens de votre projet, sur son inscription dans une stratégie de développement du territoire.

A cet égard, je ne vous fais pas de procès d’intention en vous disant que vous n’en avez pas, mais nous ne la voyons pas. Vous abandonnez une vision globale des berges en préférant faire un focus sur deux secteurs isolément du reste de la rivière, de l’ensemble de la ville.

Je crois au contraire qu’il est indispensable de fixer un cap, une vision qui rassemble et qui porte le développement de notre territoire. C’était d’ailleurs l’objectif du plan guide, adopté au printemps 2013.

Il proposait des stratégies, des scénarios, des enchainements pour atteindre les objectifs.
Il fixait des orientations très fortes. Elles devaient demeurer comme l’horizon commun de tout un territoire et de tous ses acteurs pour les 25 prochaines années. C’est autour de grands projets qui s’inscrivent dans la durée, que se bâtissent les territoires d’avenir, ceux qui savent s’unir pour le bien commun.

Un projet comme celui-ci s’inscrit nécessairement dans le temps car la construction d’une ville est une affaire d’opportunités et de marges de manœuvre financières que l’on ne peut définir avec certitude.

La concertation inédite qui a été menée, l’intelligence citoyenne qui a été mobilisée a permis de retenir un projet ambitieux et acceptable car précisément il procédait par étapes et ne posait pas des ruptures.

Aujourd’hui, à la lecture de ces délibérations, nous voyons bien la rupture mais pas les différentes étapes d’un projet global.

Nous avons une impression de flou total avec des formulations creuses et totalement vides de sens.

Soit on ne nous dit rien parce que le dossier est complexe à manier et que tout le monde est un peu perdu sur la méthode et la compatibilité avec d’autres éléments (PPRI, retard du tramway, acquisitions foncières etc…).

Soit c’est par un souci volontaire d’avancer masqué sur la finalité du projet : vers quoi va-t-on à terme? Qu’est-ce que cette voie apaisée ? Quand sera-t-elle mise en œuvre ? On nous annonce le Coeur de Maine comme une première étape, quelles sont les suivantes ? Quand ? A quel cout ? On ne peut pas conduire un projet comme ça en disant « on fait ça, et après on verra » !

On est ici dans le contraire de la démarche de plan guide : transparence, participation, mobilisation, souplesse, cohérence. C’est d’ailleurs François Grether lui-même qui l’avait proposée cette démarche.

A plusieurs reprises, vous m’avez reproché d’utiliser des images de synthèse pour faire rêver. Je note avec intérêt que les vôtres n’ont rien à leur envier !

C’est Vincent Dulong qui abordera la question des déplacements dans son intervention. L’accès au centre-ville semble être sacrifié au profit des automobilistes qui ne font que le traverser sans s’y arrêter. Nous nous interrogeons également sur la cohérence avec votre tracé de ligne de tramway.

Par ailleurs, je regrette votre peu de recherche de participation des Angevins à l’élaboration de votre projet. Le contraste est fort avec notre propre méthode qui a conduit au choix du projet Grether-Phytolab et qui a mobilisé des milliers d’habitants. Je laisserai Silvia Camara Tombini y revenir.

D’un point de vue financier, avec les sommes que vous nous annoncez ce soir, je n’ai pas l’impression que le coût de votre projet soit très éloigné du nôtre sur ce mandat. Antony Taillefait reviendra sur ce sujet.

« Vous maintenez la voie des berges en la cachant. C’est beau comme un logiciel de Volkswagen »

Je veux maintenant aborder un second point, crucial, celui de l’intimité de la relation entre la ville et la rivière.

L’enjeu d’une reconquête des berges est bien là, dans le contact direct avec la rivière.
C’est ainsi que de nombreuses villes ont su profiter d’une nouvelle relation directe à l’image de Lyon ou de Bordeaux.

Nous ne partageons donc pas votre idée de construire une dalle place Molière. Vous conviendrez que la différence est considérable entre des plantations dans des bacs sur du béton et le projet des Berges de Maine avec le système ingénieux des plissés de Grether-Phytolab qui faisait réellement entrer la nature en coeur de ville, créant un corridor de biodiversité entre les basses vallées angevines et la Baumette.

A Saint-Serge, vous nous proposez un parc en bordure de voie rapide alors que nous préférions reporter la voie de circulation en coeur d’ilôt pour irriguer le nouveau quartier, pour dégager les berges et créer un nouveau parc au bord de la rivière.

Vous indiquez dans une délibération que la voie des berges est « source de bruit et de pollution ». Quelles conclusions en tirez-vous ? Aucune, on la maintien en la cachant. C’est beau comme un logiciel de Volkswagen…

En revanche, je partage votre souci de reconquérir ce que l’on a coutume d’appeler le « bas de la ville » et de le raccrocher plus fortement à la Maine et à la Doutre qui lui fait face. Vous avez compris que nous avions prévu de le faire autrement.

« Je regrette que l’ambition métropolitaine du projet soit compromise »

Enfin, je regrette que l’ambition métropolitaine du projet, notamment à Saint-Serge soit compromise. Angers Rives Nouvelles portait le développement de notre territoire car il était fidèle à ce qu’il est. Ainsi, le projet valorisait l’eau, le végétal. Il portait une ambition de développement durable concrète qui s’inscrivait naturellement dans ce que portent ici les acteurs de notre agglomération.

D’ailleurs l’ambition du projet commençait à intéresser. Je me souviens notamment de cet article du Monde Eco de janvier 2014 «Angers modernise les berges de la Maine pour séduire étudiants et entreprises ».

Votre relecture du projet à Saint-Serge et sa déconnexion d’un projet global autour de la rivière marque une ambition à la baisse. Nous avons déjà eu l’occasion d’en parler à l’occasion de votre décision de construire la patinoire, comme élément central sur le site qui était réservé aux halles créatives. Les fonctions métropolitaines du futur quartier Saint-Serge s’inscrivaient en complément de celles de la gare. Les cibles et les activités n’étant bien évidemment pas les mêmes dans ces deux espaces.

Saint-Serge devait être le lieu d’expression des talents de nos universités, de notre recherche. D’abord dans des friches, puis dans de nouvelles formes urbaines, ce quartier devait permettre au numérique, à l’économie culturelle et créative, à l’économie verte de s’épanouir et de se développer dans un cadre adapté.

Néanmoins, la reconquête de ce quartier se fera sur une longue durée. Les choses pourront évoluer au gré des opportunités et des talents de notre agglomération. Et je sais que, pour cela, nous serons toujours d’accord.

Vous comprendrez donc que nos divergences restent fortes sur ce sujet des berges de la Maine et nous voterons contre ces délibérations.

 

[VIDEO] Angers : couvrir la voie des Berges ? La réponse de François GRETHER

Notre projet Angers Rives Nouvelles